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mais sur le encore balbutiant pornarina.blogspot.fr.
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Stéphane Mandelbaum (1961-1986) est un peintre dont la fin scandaleuse semble plus fictionnelle que réelle. Il a volé un tableau. Un faux d’après le commanditaire. Il s’est plaint de ne pas être payé. On l’a tué. On a versé de l’acide sur son visage. La dépouille reste un mois sous un pont. Mandelbaum peignait portraits de nazis, d’artistes à la vie brève, scènes pornographiques, inscriptions provocantes. Il dessinait souvent avec un bic bleu. Mandelbaum ou le rêve d’Auschwitz (Les impressions nouvelles, 2014) est une enquête littéraire. Gilles Sebhan n’y interroge pas tant les faits que les œuvres et ce qu’il reste dans les mémoires trente ans après. Son livre est écrit avec une économie minutieuse, avec sensibilité et avec toute la profondeur qu’on peut donner à un court récit de cent cinquante pages. L’art, la littérature, la sexualité et l’holocauste y sont abordés succinctement mais toujours avec intelligence. Une belle porte d’entrée littéraire dans l’univers provocateur et émouvant de Stéphane Mandelbaum. Nous voulons en découvrir davantage. [Toutes les notes littéraires]
Adrian
Malcolm Conan Doyle (à gauche) (1910-1970) n’est autre que le plus jeune
fils de sir Arthur Ignatius Conan Doyle (à droite) (1859-1930). Il est
principalement connu pour avoir écrit douze nouvelles histoires du grand
détective, dans The Exploits of Sherlock Holmes (1954). À vrai dire, douze très bonnes short stories. Toutes aussi jubilatoires que les originales. L’Aventure des joueurs en cire
est la troisième nouvelle du recueil. Bien sûr, pour pasticher sir
Arthur, Adrian fait appel à tous les ressorts de la fiction holmésienne.
Ainsi, en seulement trente pages, il évoque Mycroft (le frère bien
connu de Sherlock — lequel frère n’apparait que quatre fois sur soixante
dans le canon), fait allusion à une untold storie (à savoir
l’affaire de la béquille en aluminium — sir Arthur utilise ce procédé à
maintes reprises, comme par exemple l’affaire du rat géant de Sumatra
dans Le Vampire du Sussex), fait intervenir un code secret dans l’intrigue (comme dans Les Hommes dansants) et termine son texte par une citation en français (comme dans La Ligue des rouquins
— où Holmes cite Flaubert). Tous ces éléments sont donc très typiques
du canon. À la différence qu’ils sont rarement regroupés dans un seul
texte chez sir Arthur, qui préfère disséminer au compte-gouttes les
références à Mycroft et autres pépites holmésiennes. Tout le charme de L’Aventure des joueurs en cire vient
de là, dans la surabondance des pépites. Lire trente pages du fils,
c’est un peu lire cent pages du père. C’est un condensé. En témoigne
l’incipit de la nouvelle, qui montre les grandes aptitudes de Sherlock
Holmes à la boxe comme jamais chez sir Arthur :
Tout commence, comme souvent avec Internet, par un lien. Le voici. Tout se poursuit par un autre. Le voici. Mais revenons en arrière. Je pense que Bram Stoker est un auteur authentique parce que son chef-d'œuvre Dracula lui a coûté dix années. Certains rétorquent que le temps ne fait rien à l'affaire. Qu'un chef-d'œuvre peut s'écrire en quelques semaines comme en toute une vie. (Pensons au Moine que Lewis écrit, wikipédia le rappelle, “en dix semaines avant l'âge de 20 ans, dans le but de divertir sa mère”.) C'est faux. Quelle œuvre supérieure encore Le Moine aurait été si, en place de quelques semaines, Lewis avait sacrifié des années. Ainsi, entre toutes, Gaspard de la nuit demeure l'œuvre la plus méritante. Alosyus Bertrand usa sa vie sur ses vers. Et le tout ne parut jamais de son vivant. Et il n'écrivit jamais rien d'autre. Cette approche de l'art me fascine d'autant plus qu'elle est à l'extrême, à l'extrême extrême, des pratiques contemporaines où il faut qu'un auteur vive, et donc écrive beaucoup, etc. Passons. (Argumenter sur ce point n'est pas le propos.) Un roman par an ne vaudra jamais un ou deux chef-d'œuvres par vie. Henry Darger est, sous cet éclairage, l'auteur-artiste le plus fascinant qui puisse être. Il est impubliable, en témoignage ce chiffre extravagant, quinze mille. C'est le nombre de pages de The Story of the Vivian Girls, In What Is Known As the Realms Of The Unreal, Of the Glandeco-Angelinian War Storm, Caused by The Child Slave Rebellion. Impubliable donc et, pourtant, Darger aura, je le sais, une influence sans pareil sur mon développement futur. Son œuvre rappelle une loi fondamentale : il faut créer sans se soucier du monde, de ce qu'il attend, de ce qu'il veut, et peu importe si la création n'est jamais vue, jamais lue, jamais consommée. Ultime mantra. Créer un art non-motivé par la reconnaissance. Dur d'y croire en ce siècle où l'écrivain se dit, minuit passé, nerfs et yeux défoncés, “une page de plus et dans quelque temps tu auras fini ton livre et tu verras ton nom sur une couverture”. Une motivation comme une autre, que je ne rejette pas totalement, mais qui pourrait parfois, pour plus de quiétude, être remplacée par le mantra dargerien. Créer un art non-motivé par la reconnaissance.