Qui était Henry Darger et pourquoi en trente secondes est-il devenu l'artiste le plus important dans ma vie ?

Tout commence, comme souvent avec Internet, par un lien. Le voici. Tout se poursuit par un autre. Le voici. Mais revenons en arrière. Je pense que Bram Stoker est un auteur authentique parce que son chef-d'œuvre Dracula lui a coûté dix années. Certains rétorquent que le temps ne fait rien à l'affaire. Qu'un chef-d'œuvre peut s'écrire en quelques semaines comme en toute une vie. (Pensons au Moine que Lewis écrit, wikipédia le rappelle, “en dix semaines avant l'âge de 20 ans, dans le but de divertir sa mère”.) C'est faux. Quelle œuvre supérieure encore Le Moine aurait été si, en place de quelques semaines, Lewis avait sacrifié des années. Ainsi, entre toutes, Gaspard de la nuit demeure l'œuvre la plus méritante. Alosyus Bertrand usa sa vie sur ses vers. Et le tout ne parut jamais de son vivant. Et il n'écrivit jamais rien d'autre. Cette approche de l'art me fascine d'autant plus qu'elle est à l'extrême, à l'extrême extrême, des pratiques contemporaines où il faut qu'un auteur vive, et donc écrive beaucoup, etc. Passons. (Argumenter sur ce point n'est pas le propos.) Un roman par an ne vaudra jamais un ou deux chef-d'œuvres par vie. Henry Darger est, sous cet éclairage, l'auteur-artiste le plus fascinant qui puisse être. Il est impubliable, en témoignage ce chiffre extravagant, quinze mille. C'est le nombre de pages de The Story of the Vivian Girls, In What Is Known As the Realms Of The Unreal, Of the Glandeco-Angelinian War Storm, Caused by The Child Slave Rebellion. Impubliable donc et, pourtant, Darger aura, je le sais, une influence sans pareil sur mon développement futur. Son œuvre rappelle une loi fondamentale : il faut créer sans se soucier du monde, de ce qu'il attend, de ce qu'il veut, et peu importe si la création n'est jamais vue, jamais lue, jamais consommée. Ultime mantra. Créer un art non-motivé par la reconnaissance. Dur d'y croire en ce siècle où l'écrivain se dit, minuit passé, nerfs et yeux défoncés, “une page de plus et dans quelque temps tu auras fini ton livre et tu verras ton nom sur une couverture”. Une motivation comme une autre, que je ne rejette pas totalement, mais qui pourrait parfois, pour plus de quiétude, être remplacée par le mantra dargerien. Créer un art non-motivé par la reconnaissance.

2 commentaires:

  1. "Créer un art non-motivé par la reconnaissance."

    Il me faudra finalement faire mienne cette phrase.

    A.C.

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  2. Oui. Ça aide à vivre plus sereinement la création.

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