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Note sur This Way for the Gas, Ladies and Gentlemen de Tadeusz Borowski



Dans ses nouvelles, toutes à la première personne, Tadeusz Borowski (1922-1951) décrit les atrocités des camps d'extermination d'Auschwitz, notamment la routine des prisonniers — dormir, manger, travailler et tomber amoureux, quand à quelques mètres d'autres prisonniers sont assassinés. Témoignage entre réalité et fiction (Borowski ayant connu l'horreur des camps), This Way for the Gas, Ladies and Gentlemen vaut surtout pour l'expérience vécue qu'il rapporte : sans ce lien avec la réalité, difficile d'en faire un “chef-d’œuvre de la littérature mondiale” comme le proclame l'introduction de Jan Kott. Nous sommes très loin ici de la littérarité de L'espèce humaine de Robert Antelme (autre auteur déporté). Ni mal ni bien écrites, presque exclusivement descriptives, les nouvelles de Borowski ne développent aucun fil narratif et sont trop peu portées vers l'introspection. Pour autant la charge horrifique est telle qu'elles parviennent à leurs fins. On en sort écœuré.

Note sur La Zone d'intérêt de Martin Amis.



La Zone d'intérêt amalgame la Shoah et le marivaudage. Amis raconte les préoccupations ordinaires de nazis “travaillant” dans un camp de concentration. Il alterne entre trois points de vue. Doll, le commandant du camp. Thomsen, un officier SS courtisant la femme de Doll. Et Smulz qui travaille “au milieu des morts, avec les cisailles, les pinces, les maillets, les seaux de rebut d'essence, les louches, les hachoirs”. Le roman retranscrit avec une terrible force l'horreur latérale du camp, pas celle vécue par les prisonniers, mais celle ressentie, consciemment ou non, par les êtres gravitant autour des fours et des cadavres. On ressent un écœurement continu et la fascination morbide nous pousse à continuer la lecture. Sur ce point, Amis a réussi son roman. Sur tous les autres ou presque, il l'a raté. Les personnage sont creux, peu intéressants (excepté peut-être Smulz). Trop souvent Amis s'égare dans des scènes loin de son sujet. La Zone d'intérêt vaut uniquement pour sa documentation et l'horreur qu'il parvient à faire éprouver. On conseillerait de ne lire que les cent, deux cents premières pages.

Note sur Mandelbaum ou le rêve d’Auschwitz de Gilles Sebhan.

Stéphane Mandelbaum (1961-1986) est un peintre dont la fin scandaleuse semble plus fictionnelle que réelle. Il a volé un tableau. Un faux d’après le commanditaire. Il s’est plaint de ne pas être payé. On l’a tué. On a versé de l’acide sur son visage. La dépouille reste un mois sous un pont. Mandelbaum peignait portraits de nazis, d’artistes à la vie brève, scènes pornographiques, inscriptions provocantes. Il dessinait souvent avec un bic bleu. Mandelbaum ou le rêve d’Auschwitz (Les impressions nouvelles, 2014) est une enquête littéraire. Gilles Sebhan n’y interroge pas tant les faits que les œuvres et ce qu’il reste dans les mémoires trente ans après. Son livre est écrit avec une économie minutieuse, avec sensibilité et avec toute la profondeur qu’on peut donner à un court récit de cent cinquante pages. L’art, la littérature, la sexualité et l’holocauste y sont abordés succinctement mais toujours avec intelligence. Une belle porte d’entrée littéraire dans l’univers provocateur et émouvant de Stéphane Mandelbaum. Nous voulons en découvrir davantage. [Toutes les notes littéraires]