Huis clos, phare, nécrophilie. On ne peut pas mieux et succinctement résumer La Tour d’amour. Considéré comme le chef-d’œuvre de Rachilde (1860-1953), il paraît en 1899 au Mercure de France. Il s’agit d’un très court roman d’ambiance. (Roman salé d’abord, huileux ensuite, carné enfin.) Fraîchement engagé sur le colosse phare d’Ar-Men, Jean Maleux nous raconte Mathurin Barnabas, un vieux gardien pour le moins taciturne et chauve le jour, chantant comme une femme et chevelu la nuit. Bientôt des navires sombrent et des cadavres s’échouent sur les rocs. Rien de vraiment sanglant ou gore ne se passe (à deux ou trois exceptions près). Tout est axé sur le mystère et l’étrange. L’amour n’est pas absent à la fin. Style époustouflant, ambiance inoubliable, La Tour d’amour est le plus beau roman décadent que j’ai pu lire à ce jour.
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Note sur La Tour d'amour de Rachilde
Huis clos, phare, nécrophilie. On ne peut pas mieux et succinctement résumer La Tour d’amour. Considéré comme le chef-d’œuvre de Rachilde (1860-1953), il paraît en 1899 au Mercure de France. Il s’agit d’un très court roman d’ambiance. (Roman salé d’abord, huileux ensuite, carné enfin.) Fraîchement engagé sur le colosse phare d’Ar-Men, Jean Maleux nous raconte Mathurin Barnabas, un vieux gardien pour le moins taciturne et chauve le jour, chantant comme une femme et chevelu la nuit. Bientôt des navires sombrent et des cadavres s’échouent sur les rocs. Rien de vraiment sanglant ou gore ne se passe (à deux ou trois exceptions près). Tout est axé sur le mystère et l’étrange. L’amour n’est pas absent à la fin. Style époustouflant, ambiance inoubliable, La Tour d’amour est le plus beau roman décadent que j’ai pu lire à ce jour.
Note sur Le Nécrophile de Gabrielle Wittkop.
Nécrophilie (du gr. nekros, mort, et philia, amour de). Attirance sexuelle pour les cadavres. Bien qu’à la lecture de ce très court roman, qui n’est autre que le journal d’un nécrophile, on soit obligé d’ajouter que la nécrophilie puisse être aussi une attirance amoureuse pour les cadavres. Car Gabrielle Wittkop (1920-2002) rend toute la tendresse qui habite son narrateur et livre en même temps un récit dérangeant et réaliste, capable — c’est rare — de mettre mal à l’aise sans tomber dans l’horreur facile et gore. Au style impeccable, simple mais savamment documenté, Le Nécrophile donne un panorama de l’univers nécrophilique, invoquant Morella, Gilles de Rais ou Hérodote (lequel enseigne que les femmes de qualités, après leur mort, “ne sont pas livrés sur le champ aux embaumeurs […] On ne les confit qu’au bout de trois ou quatre jours. On veut éviter par là que les embaumeurs abusent de ces femmes”). Plusieurs artistes macabres (apparemment réels ou imaginaires, japonais ou italien, etc.) y sont cités. Pour conserver l’attention du lecteur, Wittkop varie les situations, ainsi que les corps, les âges, les sexes et les professions des cadavres que le narrateur, le plus souvent, déterre. L’ensemble est traversé de pépites stylistiques (nombreuses réflexions sur la mort tournées en des métaphores bien pensées) qui font du Nécrophile une expérience puissante, mais heureusement courte. [Toutes les notes littéraires]


