Nécrophilie (du gr. nekros, mort, et philia, amour de). Attirance sexuelle pour les cadavres. Bien qu’à la lecture de ce très court roman, qui n’est autre que le journal d’un nécrophile, on soit obligé d’ajouter que la nécrophilie puisse être aussi une attirance amoureuse pour les cadavres. Car Gabrielle Wittkop (1920-2002) rend toute la tendresse qui habite son narrateur et livre en même temps un récit dérangeant et réaliste, capable — c’est rare — de mettre mal à l’aise sans tomber dans l’horreur facile et gore. Au style impeccable, simple mais savamment documenté, Le Nécrophile donne un panorama de l’univers nécrophilique, invoquant Morella, Gilles de Rais ou Hérodote (lequel enseigne que les femmes de qualités, après leur mort, “ne sont pas livrés sur le champ aux embaumeurs […] On ne les confit qu’au bout de trois ou quatre jours. On veut éviter par là que les embaumeurs abusent de ces femmes”). Plusieurs artistes macabres (apparemment réels ou imaginaires, japonais ou italien, etc.) y sont cités. Pour conserver l’attention du lecteur, Wittkop varie les situations, ainsi que les corps, les âges, les sexes et les professions des cadavres que le narrateur, le plus souvent, déterre. L’ensemble est traversé de pépites stylistiques (nombreuses réflexions sur la mort tournées en des métaphores bien pensées) qui font du Nécrophile une expérience puissante, mais heureusement courte. [Toutes les notes littéraires]

