Note sur Fiction n°15.

Périodique de Fantasy et Science Fiction

La nouvelle La pompe six a confirmé ce que je pensais de Paolo Bacigalupi depuis la lecture de son premier roman multi-primé, La Fille automate (Au diable vauvert, 2012). Les textes de Bacigalupi disposent d'importants points forts : une vraisemblance science-fictionnelle alliée à un exotisme dépaysant, ainsi qu'une conscience écologique servie par une prose nourrie au récit de voyage journalistique. Cependant, à mon avis, le point faible de l'auteur demeure son manque de richesse narrative : ses récits n'évoluent que par rapport aux déambulations physiques de ses personnages (défaut que j'impute, il est vrai, à un bon pourcentage d'auteurs, ancients et modernes, et se résume a une sous-utilisation des possibilités polyphoniques du roman). Si les dix premières pages sont brouillonnes (dispute conjugale et prise de drogue racontées dans un argot approximatif), la suite de la nouvelle crée une véritable angoisse de fin de civilisation chez le lecteur ; l'argument est le même que celui du roman Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage : la régression de l'homme en bête (le parrallèle entre les deux œuvres montrent les grandes différences de traitement que peuvent apporter la fantasy et la science-fiction sur une thèmatique commune). Au final, la nouvelle de Bacigalupi fonctionne, notamment parce qu'elle parvient à mêler éléments grotesques (les trogs, sortent de singes humains hermaphrodites) et thématiques techno-écologiques. Le début vous rebutera sans doute, mais vous finirez la nouvelle sans vous en rendre compte, chargé du même sentiment d'angoisse que le narrateur de La pompe six. Quand un texte vous laisse un souvenir si palpable, il ne peut qu'être bon. 4,5/5.

La nouvelle Si les anges livrent combats de Richard Bowes a remporté le prix World Fantasy 2009 ; il s'agit du premier texte de son auteur traduit en français. Comme souvent, la narration à la première personne génère le suspense : le narrateur délivre au compte-goutte les informations et fait progresser son enquête au fur et à mesure des entretiens. La nouvelle fonctionne si l'auteur parvient à maintenir l’intérêt du lecteur pour le mystère créé autour de l'argument fantastique — ici, la possession successive de différentes personnes par une âme humaine sans enveloppe. Sur fond de vie politique, l'enquête du narrateur consiste à trouver cette âme et à la ramener dans sa famille. Si les anges livrent combats a deux atouts forts : un arrière plan politico-familial convaincant et une mécanique du mystère qui fonctionne. Cependant, la fin manque de génie. La nouvelle de Bowes est une réussite mitigée, desservie par une langue — ou une traduction — pauvre (n'ayant pas lu If Angels Fight, je ne critique pas négativement la pertinence générale de la traduction, c'est-à-dire, principalement, sa fidélité ou non au texte original ; je juge en revanche, et donc plutôt négativement, la langue française fruit de cette traduction, un exemple à l'appui, page 56, on peut lire : "Ce que je veux te dire, c'est que je pense que c'est la dernière manche" ; les exemples de ce type sont multipliables). 2,5/5 [Toutes les notes littéraires]

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